TECHNIQUE

Introduire un couvert végétal d'interculture en production légumière


1. Présentation


Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Crédit photo : Sorgho en culture intermédiaire sous abri - © L. Bzdrenga, CA 85

Informations initialement issues du Guide pratique pour la conception de systèmes de culture légumiers économes en produits phytopharmaceutiques (2014) / Fiche technique T1.

 

Principe :

La technique consiste à implanter un couvert végétal pendant une période d’interculture (période séparant la récolte d’une culture et la mise en place de la suivante). En fonction des objectifs, le couvert peut avoir des appellations différentes : culture intermédiaire piège à nitrate, engrais verts, plantes pièges, cultures assainissantes… Le couvert peut aussi jouer un rôle de concurrence vis-à-vis des adventices et limiter l'usage d'herbicides, dont glyphosate, en interculture.


Exemple de mise en oeuvre :

Voici quelques exemples des rotations incluant des couverts végétaux en maraîchage :

Tomate – roquette – choux fleur – sorgho fourrager (couvert estival) – salade

Mâche – pois + radis – aubergines – blé ancien (couvert hivernal)

Avant oignons, un couvert de ray grass détruit à la bâche d’ensilage (production d’un épais mulch incluant les résidus des années précédentes)

Exemples tirés du document : Couverts végétaux, Techniques superficielles, Agriculture Biologique et Agroforesterie - Rencontre et échanges entre agriculteurs du Sud-Ouest (voir lien)

Autre exemple : dans le sud-est, sous abri, du sorgho fourrager peut être implanté en interculture au printemps ou en été (après un melon, une courgette, une salade tardive par exemple).
 

Précision sur la technique :

Le choix de l'espèce du couvert dépend :

- des objectifs du couvert : piégeage d'azote, concurrence pour les adventices, amélioration de la structure du sol ou de la fertilité, réduction des pathogènes...

- des contraintes liées au semis , à la culture et à la destruction du couvert ( coût et disponibilité des semences, irrigation, disponibilité du matériel...).

- des conditions de la parcelle : climat, type de sol, aménagement...

- de la durée disponible pour l'interculture

On tient compte aussi de l'alternance des familles entre les couverts et les cultures pour une meilleure régulation des bioagresseurs et une complémentarité d'effets des différentes espèces.

Préparation du sol et semis :

La date de semis se raisonne en fonction de l’espèce, de la disponibilité en eau et de la situation de la parcelle (présence d’adventices, culture suivante…).

L'objectif est d'obtenir rapidement un couvert homogène et dense.

Selon les situations, diverses techniques sont possibles :  semis avant ou pendant la récolte sans préparation du sol ou après la récolte avec une préparation du sol dépend de l’espèce choisie. Dans tous les cas, le semis peut être réalisé à la volée ou en ligne.

Sous abri ou en l’absence de pluie, une irrigation par aspersion permet d’assurer une croissance rapide et régulière.

Le développement du couvert peut faire l’objet de plusieurs fauches (sorgho par exemple) afin d’éviter sa lignification et sa montée à graines.

La date de destruction du couvert varie en fonction des objectifs de la mise en place du couvert, de l’espèce (éviter la montée à graines et la lignification des tissus), du type de sol (le couvert met plus ou moins de temps à se décomposer), et du temps de préparation du sol pour l’implantation de la culture suivante.

La technique de destruction (labour, broyage, déchaumage, gel, roulage) varie en fonction de l’espèce choisie, de la saison, du matériel disponible, de l’état du sol et de l’objectif visé. Les résidus doivent être incorporés au sol superficiellement (10-15 cm de profondeur), immédiatement ou après un temps de séchage. Pour obtenir un bon lit de semences et éviter le risque de mouches des semis, il ne faut pas incorporer de résidus frais ; un délai de remise en culture de 2 mois est nécessaire avant la mise en place d’un légume d’industrie. Pour un objectif de biofumigation, l’incorporation des résidus doit être immédiate.



Période de mise en œuvre
Pendant l'interculture

La durée de l’interculture varie en fonction du couple culture précédente-culture suivante. Il faut choisir un couvert ayant un cycle de développement adapté à cette durée. Elle peut entraîner un décalage d’implantation de la culture suivante.

Echelle spatiale de mise en œuvre
Parcelle


Application de la technique à...

Toutes les cultures : Facilement généralisable

Facilement généralisable

La technique peut être utilisée aussi bien sous abri qu’en plein champ. Toutes les cultures peuvent être concernées en fonction des périodes d’interculture.



Tous les types de sols : Facilement généralisable

Facilement généralisable

Les couverts peuvent être implantés dans tous les types de sol et dans toutes les régions si l’espèce et l’itinéraire technique sont adaptés. Toutefois, les conditions de la parcelle doivent être prises en compte dans le choix de l’espèce, tant au niveau climatique (risques de sécheresse, de gel, fortes pluies…) qu’au niveau du pH, de la texture et des aménagements (irrigation…).



Tous les contextes climatiques : Facilement généralisable

Facilement généralisable

Les couverts peuvent être implantés dans tous les types de sol et dans toutes les régions si l’espèce et l’itinéraire technique sont adaptés. Toutefois, les conditions de la parcelle doivent être prises en compte dans le choix de l’espèce, tant au niveau climatique (risques de sécheresse, de gel, fortes pluies…) qu’au niveau du pH, de la texture et des aménagements (irrigation…).



Réglementation

Influence
POSITIVE

En zones vulnérables (directive nitrate) :

- la mise en place d’un couvert est obligatoire ; vérifier les dates d’implantation ;

- pour les légumineuses en culture pure ou associées, il faut vérifier les interdictions et les contrats environnementaux ;

- il faut vérifier la réglementation régionale quant à la date de destruction du couvert.

Directive Nitrate


2. Services rendus par la technique



3. Effets sur la durabilité du système de culture


Critères "environnementaux"

Effet sur la qualité de l'air : En augmentation
émission phytosanitaires : DIMINUTION

Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation
N.P. : DIMINUTION
pesticides : DIMINUTION


Effet sur la consommation de ressources fossiles : En augmentation
consommation d'énergie fossile : AUGMENTATION

Autre : Pas d'effet (neutre)

Précisions éventuelles ou commentaires

- Consommation d'énergies fossiles : l'implantation et la destruction du couvert entraînent une consommation de carburant plus importante que le maintien du sol nu pendant l'interculture

- Effet sur la qualité de l'eau : limite les fuites de nitrates




Critères "agronomiques"

Productivité : Variable

Variale

En général et si elle est pratiquée dans de bonnes conditions, cette technique permet d'améliorer la régularité et l’homogénéité de la culture suivante.

Cependant, les espèces de la famille des Poacées peuvent entraîner une faim d’azote lors de leur décomposition



Fertilité du sol : En augmentation

En augmentation

L'introduction d'un couvert végétal en interculture permet le stockage de la matière organique, du carbone et de l’azote dans le sol, favorisant ainsi sa fertilité. Elle favorise également l’activité biologique du sol et améliore l’état sanitaire de celui-ci en fonction des espèces choisies. De plus, cette technique limite le développement des adventices, l’érosion, la battance et l’altération de la structure du sol.



Biodiversité fonctionnelle : Variable

Variable

L’alternance des familles entre les couverts d’interculture et les cultures permet une meilleure régulation des bio-agresseurs et une complémentarité entre les effets des différentes espèces.

Les auxiliaires, les pollinisateurs et la faune du sol peuvent être favorisés par la présence du couvert, de façon variable selon la ou les espèces choisies. Cependant, les auxiliaires du sol peuvent être perturbés par le travail de broyage et d'enfouisement du couvert végétal au moment de sa destruction.

En outre, certaines espèces ont des risques de repousses ou sont favorables à certains bio-agresseurs.




Critères "économiques"


Charges opérationnelles : En augmentation

En augmentation

Augmentation des charges opérationnelles et de mécanisation en fonction de l’espèce implantée et des techniques de semis et de destruction



Charges de mécanisation : En augmentation


Marge : Variable

Variable

Les coûts d’engrais peuvent être limités. La production et la régularité de la culture suivante peuvent être améliorées, d'où un effet positif potentiel.




Critères "sociaux"


Temps de travail : En augmentation

En augmentation

Augmentation de travail mécanisé et du temps de travail global pour la préparation du semis, l'implantation et la destruction du couvert.



Période de pointe : En augmentation

En augmentation

Travaux à prévoir lors de la période d’interculture





4. Organismes favorisés ou défavorisés


Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
escargot FORTE ravageur, prédateur ou parasite Les couverts d'interculture peuvent servir d'abris aux escargots
limace FORTE ravageur, prédateur ou parasite Les couverts d'interculture peuvent servir d'abris aux limaces (seigle et trèfles par exemple)
nématode (bioagresseur) FORTE ravageur, prédateur ou parasite Certaines espèces de Brassicacées (moutarde, radis fourager) entretiennent les populations de nématodes dans le sol (Meloidogyne sp. notamment)
petite altise MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Beaucoup d’espèces de brassicacées utilisables en couvert d’interculture sont des plantes hôtes pour les altises (moutarde, colza, navet, radis fourrager, rutabaga…)
rhizoctone brun agent pathogène (bioagresseur) Certaines espèces de Brassicacées sont de plantes hôtes de certaines espèces de Rhizoctonia (moutarde, colza, navet, rutabaga...)
rongeur FORTE ravageur, prédateur ou parasite Les couverts d’interculture peuvent servir d’abris aux rongeurs, sauf quand ils sont fait avec certaines espèces toxiques pour les rongeurs (lotier conrniculé par exemple)
sclérotinia FORTE agent pathogène (bioagresseur) Certaines espèces de Fabacées sont des plantes hôtes de certaines espèces de Sclerotinia (féverole, gesse, vesse, pois fourrager, trèfle, lentille...) mais aussi certaines brassicasées (radis chinois) ainsi que le tournesol
thrips des cultures légumières FORTE ravageur, prédateur ou parasite Certaines plantes d’interculture peuvent favoriser le développement précoce de thrips (phacélie, melilot)
virus FORTE agent pathogène (bioagresseur) Certaines plantes d’interculture peuvent être des réservoirs de virus (la phacelie est hôte des virus BYV, BMYV, PVY ; le sarrasin est hôte de virus CMV)

Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
adventices MOYENNE adventices Certaines plantes d’interculture peuvent avoir un effet allelophatique sur les adventices (certaines variétés de sorgho). Dans le cas où les légumes sont plantés directement dans le couvert d’interculture celui-ci peut avoir un effet répulsif vis-à-vis des altises.
nématode (bioagresseur) FORTE ravageur, prédateur ou parasite Certaines plantes d’interculture peuvent jouer un rôle de plante piège vis-à-vis de nématodes (certaines variétés de sorgho par exemple)
petite altise MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Certaines plantes d’interculture peuvent empêcher l’installation des altises dans les cultures (phacelie)
pythium FORTE agent pathogène (bioagresseur) L’utilisation des plantes d’interculture non hôtes de pythiacées peut permettre d’empêcher le maintien de pythium sp dans le sol
rhizoctone brun FORTE agent pathogène (bioagresseur) L’utilisation des plantes d’interculture non hôtes de rhizoctonia peut permettre d’empêcher le maintien de ce bioagresseur dans le sol
rongeur MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Certaines espèces comme le lotier corniculé sont toxiques pour les rongeurs
sclérotinia FORTE agent pathogène (bioagresseur) L’utilisation des plantes d’interculture non hôtes de sclérotinia peut permettre d’empêcher le maintien de ce bioagresseur dans le sol

Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Araignées FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Les couverts d’interculture denses (graminées et légumineuses par exemple) peuvent favoriser le développement des populations de carabidés, staphylins et d’araignées
Bactéries fonctionnelles du sol Organismes fonctionnels du sol Les couverts d’interculture stimulent la vie microbienne du sol
Carabes prédateurs et granivores FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Les couverts d’interculture denses (graminées et légumineuses par exemple) peuvent favoriser le développement des populations de carabidés, staphylins et d’araignées
Mycorhizes et champignons fonctionnels du sol Organismes fonctionnels du sol Les couverts d’interculture stimulent la vie microbienne du sol
Staphylins FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Les couverts d’interculture denses (graminées et légumineuses par exemple) peuvent favoriser le développement des populations de carabidés, staphylins et d’araignées
Vers de terre FORTE Organismes fonctionnels du sol Les couverts d’interculture qui ne secrètent pas de substances toxiques dans le sol favorisent les vers de terre

Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions

Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


5. Pour en savoir plus

Choisir et réussir son couvert végétal pendant l’interculture en AB
Ghesquière J., Cadillon A
ITAB, Brochure technique, 2012
Pour acceder à la brochure voir lien
Couverts végétaux, Techniques superficielles, Agriculture Biologique et Agroforesterie
GABB 32, 2012
Synthèse et restitution des conférences et ateliers techniques lors des rencontres entre agriculteurs du Sud-Ouest ; p. 24-25. Pour aller plus loin VOIR LIEN
Guide pratique pour la conception de systèmes de culture légumiers économes en produits phytopharmaceutiques - Fiche Aide A3 : Caractéristiques des couverts d’interculture
Launais M., Bzdrenga L., Estorgues V., Faloya V., Jeannequin B., Lheureux S., Nivet L., Scherrer B., Sinoir N., Szilvasi S., Taussig C., Terrentroy A., Trottin-Caudal Y., Villeneuve F.
Ministère chargé de l’agriculture, Agence Française pour la Biodiversité, GIS PIClég., Ouvrage, 2014
Pour en savoir plus voir lien
Le Sorgho Fourrager en interculture
APREL/La Pugère
Chambre d'Agriculture PACA, Brochure technique, 2016

Ressources : votre référence Fruits et Légumes. Les techniques alternatives. Collection 1. Document 1B. 2ème édition. Pour aller plus loin voir lien

Les engrais verts en maraîchage biologique
Mazollier C., Vedie H
GRAB - ITAB, Brochure technique, 2008
Pour acceder à la brochure voir lien

6. Mots clés


Méthode de contrôle des bioagresseurs :
Mode d'action :
Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides :
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Contributeurs

19/12/2018
09/05/2018
24/01/2018
Paola SALAZAR - INRA - Rennes (35000)
ingenieur - paola.salazar@inra.fr

25/10/2017
Lola Leveau - Irstea - Clermont-Ferrand (63000)
ingenieur - lola.leveau@irstea.fr

25/10/2017
Sébastien Picault - CTIFL - Carquefou (44470)
ingenieur - picault@ctifl.fr