TECHNIQUE

Implanter des espèces gélives en interculture


1. Présentation


Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Crédits photo : CC0 1.0

 

Implanter préférentiellement des espèces gélives en interculture pour éviter d'avoir à intervenir mécaniquement ou chimiquement pour leur destruction.
En cela cette technique constitue une alternative à l'usage de glyphosate pour la destruction des couverts d'interculture.


Exemple de mise en oeuvre :

Implanter de la moutarde entre un blé tendre d'hiver et une orge de printemps : semis fin août / début septembre à la volée, à raison de 10 kg/ha.

Précision sur la technique :

On peut rouler l'interculture pour qu'elle gèle mieux.



Période de mise en œuvre
Pendant l'interculture


Echelle spatiale de mise en œuvre
Parcelle


Application de la technique à...

Toutes les cultures : Généralisation parfois délicate

L'implantation de cultures intermédiaires gélives nécessite une récolte précoce de la culture précédente (céréales à paille d'hiver, colza, protéagineux…) pour permettre un développement suffisant avant les premières gelées.



Tous les types de sols : Facilement généralisable

L'implantation de cultures intermédiaires gélives peut potentiellement s'appliquer à tous types de sols. Elle présente un intérêt particulier sur sols hydromorphes où le passage pour la destruction peut être rendu difficile par une portance limitée.



Tous les contextes climatiques : Généralisation parfois délicate

Le choix de cultures intermédiaires gélives présente un intérêt dans les régions où les températures hivernales sont suffisamment basses pour permettre la destruction du couvert. A l'inverse, des températures basses très tôt dans la saison peuvent ne pas permettre un développement suffisant du couvert avant sa destruction.



Réglementation

Influence
POSITIVE

Le 4ème programme d'action de la directive nitrate implique la couverture intégrale des sols en hiver, ce qui implique l'implantation de cultures intermédiaires sur les parcelles non occupées par des cultures d'hiver ou pluriannuelles.

Directive nitrate - 4ème programme d'action




2. Services rendus par la technique



3. Effets sur la durabilité du système de culture


Critères "environnementaux"

Effet sur la qualité de l'air : Variable
émission phytosanitaires : DIMINUTION
émission GES : VARIABLE


Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation
N.P. : DIMINUTION
pesticides : DIMINUTION


Effet sur la consommation de ressources fossiles : Variable
consommation d'énergie fossile : VARIABLE

Autre : Pas d'effet (neutre)

La présence d'un couvert végétal pendant l'interculture permet de limiter les risques de transferts d'azote, phosphore, rédidus phytosanitaires et particules de terre vers l'eau pendant cette période. De plus, le choix d'espèces gélives permet d'éviter l'usage d'herbicides pour la destruction du couvert.

L'implantation et la destruction du couvert entraine une consommation de carburant plus importante que le maintien du sol nu pendant l'interculture. Mais l'ameublissement du profil par le couvert peut autoriser un travail du sol réduit pour l'implantation de la culture suivante.

Aussi, l'implantation et la destruction du couvert entraine des émissions de GES liées à la consommation de carburant, mais permet aussi de stocker du carbone (si développement du couvert). Le bilan est donc "variable" à l'échelle de la culture.




Critères "agronomiques"

Productivité : Variable

En cas de destruction trop tardive, la culture intermédiaire peut provoquer des effets dépressifs sur la culture suivante (disponibilité en eau et en azote). Certaines cultures intermédiaires peuvent également présenter un effet allélopathique sur la culture suivante. Mais si la destruction est suffisamment précoce et le choix du couvert adapté, le couvert présente un effet neutre à positif sur la culture suivante.



Fertilité du sol : En augmentation

L'azote capté par le couvert pendant son développement est restitué progressivement après sa destruction. Une partie sera directement disponible pour la culture suivante. Le couvert permet aussi d'améliorer la disponibilité en phosphore et en potasse pour la culture suivante (remobilisation des éléments).



Stress hydrique : Variable

Le prélévement d'eau pendant le développement du couvert peut augmenter le déficit hydrique.



Biodiversité fonctionnelle : En augmentation

La biodiversité végétale domestique est accrue par l'implantation d'espèces différentes des cultures principales. De plus, la culture intermédiaire constitue un couvert favorable à de nombreuses espèces animales (avifaune, petit gibier, micro et macrofaune...)



Autres critères agronomiques : Variable

Pression maladies : visage jaune taille 10

L'implantation de cultures intermédiaires permet de "casser" les rotations et ainsi le cycle des maladies (ex. fusarioses, piétins) dans les rotations céréalières. Cependant, le couvert peut aussi accroitre la pression maladies si les espèces implantées sont hôtes des mêmes pathogènes que les cultures principales (implantation de crucifères dans des rotations à fréquence de retour en colza élevée par exemple).

Pression ravageurs : visage jaune taille 10

L'implantation de cultures intermédiaires peut permettre de diminuer ou réguler la présence de certains ravageurs (ex. nématodes de la betterave // moutarde et radis anti-nématodes). Cependant, le couvert peut aussi accroitre la présence de certains ravageurs (limaces, tenthrèdes, altises, pucerons) en constituant un lieu de refuge et de nourriture.

Structuration sol : visage vert taille 10

Le développement du système racinaire du couvert favorise la restructuration du sol. De plus, le choix d'espèces gélives peut permettre d'éviter des passages pour la destruction à une période où la portance du sol est limitée.




Critères "économiques"


Charges opérationnelles : En augmentation

En fonction de l'espèce ou du mélange d'espèces choisi, le coût de semences peut varier de 10 à 100 €/ha. Le choix d'espèces gélives permet d'éviter les charges herbicides liées à la destruction.

L'implantation et la destruction du couvert entrainent aussi une consommation de carburant plus importante que le maintien du sol nu pendant l'interculture. Mais l'ameublissement du profil par le couvert peut autoriser un travail du sol réduit pour l'implantation de la culture suivante. Par ailleurs, le choix d'espèces gélives permet d'éviter la consommation de carburant liée à la destruction du couvert.



Charges de mécanisation : Variable

Le coût de l'implantation peut varier de 0 €/ha (semis à la récolte sous la coupe) à 60 €/ha (semis direct). Le choix d'espèces gélives permet cependant d'éviter les charges de mécanisation liées à la destruction du couvert.



Marge : En diminution

Les restitutions d'azote pour la culture suivante suite à la destruction du couvert ne couvrent généralement pas les charges liées à son implantation. La marge globale à court terme sera donc diminuée. Cependant les effets "à long terme" sont difficilement quantifiables et chiffrables et ne sont généralement pas pris en compte dans le calcul des marges (restructuration, limitation de l'érosion, vie du sol, ...). Le couvert peut aussi être valorisé (récolte, fourrages, ...).




Critères "sociaux"


Temps de travail : Variable

En fonction du mode d'implantation, la charge de travail peut être plus ou moins importante que celle liée à la réalisation de faux-semis en interculture.





4. Organismes favorisés ou défavorisés


Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
altise du colza MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Possible présence sur couverts avec crucifères
limace FAIBLE ravageur, prédateur ou parasite
petite altise MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Possible présence sur couverts avec crucifères
pucerons des crucifères MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Possible présence sur couverts avec crucifères

Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
nématode à kystes MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Variétés spécifiques de moutarde "anti-nématodes"
piétin-verse FAIBLE agent pathogène (bioagresseur) Par implantation de moutarde entre 2 céréales à pailles

Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions

Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


5. Pour en savoir plus

Cultures intermédiaires
CRA Centre, Fiche IBIS n°2, Brochure technique
Cultures intermédiaires - Mieux gérer l'interculture pour un bénéfice agronomique et environnemental
Sébastien Minette (CRA Nouvelle Aquitaine)
CA Poitou-Charentes, Brochure technique, 2009
Les cultures intermédiaires
Sébastien Minette (CA Nouvelle Aquitaine)
CA Deux-Sèvres, Brochure technique, 2014
Les cultures intermédiaires, un levier pour la fertilité des sols
Barthelmebs C., Barbot C., Kraemer C., Rohrbacher P. (CA 67)
Fiche Agrimieux, Brochure technique, 2009

6. Mots clés


Méthode de contrôle des bioagresseurs :
Mode d'action :
Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides :
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Contributeurs

03/12/2018
08/11/2017
Lola Leveau - Irstea - Clermont-Ferrand (63000)
ingenieur - lola.leveau@irstea.fr

25/10/2017
Julien Halska - Chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire - Mâcon (71000)
conseiller-chambre-agriculture - jhalska@sl.chambagri.fr

13/10/2017
Matthieu HIRSCHY - INRA - Thiverval Grignon (78850)
ingenieur - matthieu.hirschy@inra.fr