TECHNIQUE

Réaliser des faux-semis pendant l'interculture


Cette fiche est reliée à d'autres thématiques de la manière suivante :

défavorise
Bioagresseur
Auxiliaire
est évoqué dans
Exemple de mise en oeuvre
...
favorise
Bioagresseur
est incompatible
contribue à
Fonction Service Stratégie
Voir tous les liens

En cours de rédaction
Dernière modification : 26/01/2026
Voir les contributeurs

Discussion liée

1. Présentation


Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Principe :

Les faux-semis sont des travaux du sol superficiels d’interculture permettant de faire lever les adventices qui auraient levé dans les cultures suivantes. Ils sont réalisés dans les 1 à 2 mois avant le semis de la culture suivante (Figure 1). Ils sont à distinguer de la préparation du sol ayant pour objectif de préparer le semis. Une opération de destruction (mécanique ou chimique) des levées est ensuite nécessaire pour éviter la concurrence avec la culture suivante. Les opérations réalisées plus tôt dans l’interculture sont des opérations de déstockages et ont pour objectif d’épuiser le stock semencier. Les déchaumages sont inclus dans les opérations de déstockage même si leur but premier est de gérer les chaumes de la culture précédente. Ainsi, pendant l’interculture, différentes opérations de travail du sol concourent à faire lever les adventices, au principe que les semences qui auront levé ne germeront plus dans les cultures suivantes. Ces opérations font partie de la panoplie des leviers de gestion intégrée des adventices, mais peuvent toutefois avoir d’autres finalités que les levées d’adventices, telles que le déchaumage, la préparation du lit de semences ou encore la destruction mécanique du couvert végétal.

 

 

Figure 1 : Définition du faux-semis et complémentarité de ce levier avec les autres opérations d’interculture.

 

 

La technique des faux-semis vise essentiellement les repousses de culture et levées d’adventices annuelles. Un travail du sol superficiel (moins de 5 cm), fin et rappuyé, de préférence avant une pluie, est en général l’idéal. Dû à leurs conditions de germination particulières, certains adventices nécessitent des faux-semis plus profonds, jusqu’à 15 cm de profondeur (ambroisie, datura, folle avoine) ; dans d’autres cas, l’absence de faux-semis est même favorable à des adventices qui germent mieux sans aucun travail du sol (repousses de colza et géranium). Il est donc nécessaire d’adapter la façon de réaliser des faux-semis aux espèces d’adventices visées.

 

Conditions de réussite :

Les conditions de réussite du faux-semis dépendent de plusieurs paramètres : les espèces (toutes ne sont pas aptes à germer à n’importe quelle période de l’année), le climat (pluie et température optimale pour l’espèce sont indispensables pour les faire lever) et le matériel utilisé (Tableau 1 - les herses de déchaumages, les vibro-déchaumeurs et les déchaumeurs à disques indépendants sont souvent les plus appropriés). Une fois que les graines d’adventices ont germé au maximum grâce à ces interventions de faux-semis, il est impératif d’envisager une destruction de ces levées, qui soit pour le coup réalisée sur sol sec et par temps séchant pour éviter les phénomènes de repiquage ou de nouvelles germinations. Afin de maximiser la réussite de ces opérations, des stratégies perturbant peu le sol au semis doivent être mises en place. En effet, tout type de travail du sol réalisé dans les 10 jours avant semis ou lors du semis (destruction mécanique d’adventices, préparation du lit de semences, semis en combiné) entraîne souvent de nouvelles levées dans la culture suivante ce qui amoindrit l’effet bénéfique de la stratégie de gestion de flore mise en place à l’interculture avec faux-semis.

 

Tableau 1 : Aptitude des matériels de travail du sol à réaliser des faux-semis ou plutôt de la destruction de repousses ou d’adventices

Source : ARVALIS, Institut du Végétal

 

 

Précision sur la technique :

58 essais annuels multipartenaires ont été analysés pour étudier l’impact des faux-semis avant cultures d’hiver et de printemps/été (Acta-Les instituts techniques agricoles, Arvalis, ITB et Terres Inovia). Il en ressort que l’effet des faux-semis dépend de la période d’intervention et des autres leviers mis en place de manière concomitante :

 

  • Avant cultures d’automne (comparaison de stratégies en situation de non-labour) : Sur les adventices annuelles et repousses de cultures, les faux-semis permettent de faire lever le double d’adventices à l’interculture mais aucun effet n’est observé dans la culture suivante. En revanche, la perturbation du sol au semis entraine une augmentation des levées dans la culture suivante par rapport à une situation sans perturbation. Cette perturbation est d’autant plus marquée que le sol n’a pas été travaillé à l’interculture. Le décalage de la date de semis a en revanche un fort impact sur les levées en culture qu’il soit combiné ou non avec un faux-semis.

 

  • Avant cultures de printemps (comparaison de stratégies en situation de labour d’hiver) : Ce regroupement d’essais ne permet pas de mettre en évidence un effet significatif des faux-semis ou de la perturbation du sol au semis sur les levées d’adventices pendant l’interculture et dans les cultures de printemps, même si les faux-semis tendent à diminuer le salissement. La flore est analysée ici, toutes espèces confondues. Certains essais annuels sur tournesol ont cependant montré des effets significatifs sur ambroisie. Pour la betterave, le tournesol et le soja, les faux-semis ont permis de limiter les levées d’adventices dans la culture. Mais le faux-semis ne remplace pas une préparation du sol spécifique pour le semis. Concernant la perturbation du sol au semis ou lors de la destruction mécanique des levées, plus elle est intense et plus les levées seront importantes dans la culture suivante : destruction au glyphosate < destruction au vibroculteur < destruction herse rotative.

 

Ces résultats sont expliqués par le fait que le stock semencier semble presque inépuisable (à l’exception des repousses de céréales). Des essais pluriannuels sont à ce jour mis en place pour mieux comprendre les enjeux du faux-semis sur le moyen/long terme. Sur cultures d’automne, des itinéraires avec peu de perturbation du sol peuvent être adaptés mais imposent souvent une destruction chimique des adventices présentes, ce qui n’est pas sans poser question du point de vue réglementaire. Sur cultures de printemps/été, les faux-semis semblent avoir un intérêt sur flore spécifique (ambroisie par exemple) notamment s’ils sont complétés d’un décalage de la date de semis. Ce dernier pose cependant question quant au potentiel de rendement de la culture de printemps/été, c’est pourquoi il est à réserver aux situations fortement infestées, en ambroisie par exemple.



Période de mise en œuvre
Pendant l'interculture


Echelle spatiale de mise en œuvre
Parcelle


Application de la technique à...

Toutes les productions : Généralisation parfois délicate

L’interculture doit être suffisamment longue pour réaliser les faux-semis, détruire les levées et préparer un sol favorable au semis. Un blé suivi d’un tournesol ou d’un maïs offrira une plage longue pour la réalisation des faux-semis de printemps tandis qu’un triticale après un maïs ne permettra pas d’avoir une fenêtre suffisante pour les mettre en place. La réalisation des faux-semis dépend aussi des couverts d’intercultures qui sont parfois rendus obligatoires, par exemple dans le cadre de la Directive Nitrates, et scindent la période d’interculture, rendant plus difficile la mise en place des faux-semis.     



Tous les types de sols : Généralisation parfois délicate

Les sols argileux limitent les possibilités de faire du faux-semis en raison des délais de ressuyage augmentés. Il y a en effet un double risque de ne pas pouvoir faire de faux-semis dans des conditions optimales (car le sol doit être ressuyé pour intervenir) et d’augmenter les délais de ressuyage avant le semis de la culture d’automne au risque de le retarder. Les sols limoneux sont beaucoup moins problématiques car ce sont des sols légers donc faciles à travailler même si la battance augmente les risques de ruissellement et d’érosion des sols.



Tous les contextes climatiques : Généralisation parfois délicate

Selon les périodes d’interculture, les facteurs climatiques peuvent entraîner des baisses d’efficacité des faux-semis réalisés. Des automnes pluvieux diminueront les créneaux d’intervention disponibles. Des étés secs, avec donc peu d’humidité dans le sol, freineront les levées d’adventices à l’interculture suite aux faux-semis d’automne précoces. Des hivers trop froids entraîneront moins de levées à l’interculture suite aux faux-semis de printemps précoces ou encore entraîneront des efficacités partielles des faux-semis de printemps, dues à des levées échelonnées dans le temps (température maximale de germination non atteinte). Pour les cultures d’été semées au printemps comme la betterave ou le maïs, si le climat est défavorable, un faux-semis pourrait contraindre à décaler la date de semis, ce qui aurait des conséquences négatives sur le potentiel de rendement.   



Réglementation

Influence
NEGATIVE

Textes réglementaires de référence : Directive Nitrates, Loi Labbé    

Sur les deux types d’interculture (courte (automne) ou longue (hiver et printemps)), des règlementations limitent parfois le recours aux faux-semis. En automne, la Directive Nitrates impose d’implanter des couverts d’interculture sur les zones sensibles, ce qui réduit les possibilités de réaliser des faux-semis à l’automne, permettant de faire lever des graminées hivernales par exemple. Au printemps, à la suite d’un labour d’automne, la loi Labbé interdit l’usage de glyphosate en interculture (sauf sur sol hydromorphe). Enfin, l’utilisation d’une destruction mécanique à la suite de faux-semis devra être mise en place tout en minimisant les risques de perturbation du sol au semis pouvant entraîner des levées induites et indésirables dans la culture suivante.




2. Services rendus par la technique


Régulation et gestion des adventices


3. Effets sur la durabilité du système de culture


Critères "environnementaux"

Effet sur la qualité de l'air : Variable

Les faux-semis font partie de la liste des nombreux leviers qui rentrent dans une stratégie globale de gestion des adventices en réduisant le recours aux herbicides de synthèse. La qualité de l’air est ainsi améliorée en limitant les émissions de produits phytosanitaires dans l’air (dérive, volatilisation, érosion éolienne) mais elle peut aussi être impactée par la multiplication des passages d’outils mécaniques (pour le(s) faux-semis puis pour la destruction des adventices levées).  



Effet sur la qualité de l'eau : Variable

Les faux-semis font partie de la liste des nombreux leviers qui rentrent dans une stratégie globale de gestion des adventices en réduisant le recours aux herbicides de synthèse. La qualité de l’eau est ainsi améliorée en limitant le transfert des produits phytosanitaires dans l’eau (lessivage, ruissellement, etc.). Cependant, la stratégie chimique en culture reste parfois inchangée après des faux-semis, du fait d’un stock semencier trop important ou de mauvaises conditions climatiques.



Effet sur la consommation de ressources fossiles : En augmentation

Le recours aux faux-semis consiste à réaliser une succession de passages de travail du sol à l’interculture augmentant la consommation de ressources fossiles et les émissions de GES. Le nombre de passages est alors à adapter en fonction de la pression en adventices et de la stratégie classique de gestion des adventices à l’interculture.




Critères "agronomiques"

Productivité : Variable

Les faux-semis présentent des risques indirects sur le rendement de la culture suivante car ils peuvent augmenter le délai de ressuyage des sols ou le dessèchement du lit de semences (risque à l’implantation), mais aussi un salissement involontaire de la culture suivante (risque à la récolte). Ils peuvent aussi conduire à retarder la date de semis de la culture ce qui peut être préjudiciable au potentiel de rendement, en particulier pour les cultures à cycle court semées au printemps. 



Qualité de la production : Variable

Les faux-semis permettent de faire lever des adventices parfois problématiques sur la qualité des récoltes. Ainsi, le risque de nuisibilité primaire indirecte est diminué si les faux-semis sont efficaces. Des essais annuels n’ont pas montré d’impact sur la flore de la culture suivante. Des essais à moyen / long terme seront donc nécessaires pour valider l’augmentation de la qualité de la production. 



Fertilité du sol : Variable

Les faux-semis permettent d’augmenter la libération et la décomposition de la matière organique dans le sol et rendent disponibles les résidus végétaux aux décomposeurs du sol, ce qui augmente la fertilité sur l’horizon de surface. Les faux-semis augmentent les risques liés à la battance, à l’érosion des sols et au dessèchement du lit de semences au printemps.    



Stress hydrique : En augmentation

Seuls les risques liés au dessèchement du lit de semences sont l’une des limites à l’utilisation des faux-semis dans le cas du stress hydrique.



Biodiversité fonctionnelle : Variable

Les faux-semis vont modifier les équilibres d’organismes fonctionnels (micro/macro) sur l’horizon de surface.  




Critères "économiques"


Charges opérationnelles : Variable

Les faux-semis sont mobilisés à l’interculture dans le but de limiter le salissement de la culture suivante et donc de freiner l’impact d’utilisation d’herbicides en culture. Des essais annuels n’ont pas montré d’impact sur la flore de la culture suivante. Des essais à moyen / long terme seront donc nécessaires pour valider la diminution de l’utilisation des herbicides en culture.



Charges de mécanisation : En augmentation

Les faux-semis entrainent une augmentation du nombre de passages d’outils mécaniques à l’interculture. Les postes de charges impactés seront essentiellement les énergies fossiles et la main d’œuvre, sans compter les éventuels amortissements si des investissements matériels sont nécessaires.



Marge : Variable

La marge varie en comparaison avec la stratégie de référence sans faux-semis et les périodes d’interculture. En automne, les stratégies classiques sont assez comparables en termes de marge face aux stratégies avec des faux-semis (travail du sol plus superficiel mais nombre de passages augmenté). Au printemps, en revanche, la marge diminue dans les situations de sols lourds où le faux-semis se rajoute par rapport à une stratégie de référence qui permet de préparer le sol tandis que sur sol léger, la marge augmente puisque les faux-semis se substituent aux outils de préparation plus coûteux.




Critères "sociaux"


Temps de travail : En augmentation

L’augmentation du nombre de passages d’outils mécaniques entraine de facto des temps de travail plus ou moins importants en fonction des stratégies mises en œuvre. Selon les cas (détaillés notamment au chapitre « marge » ci-dessus), ces passages d’outils vont s’ajouter ou se substituer à d’autres ; les impacts sur les temps de travaux seront en conséquence.





4. Organismes favorisés ou défavorisés


Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Géraniums MOYENNE adventices Cette technique favorise la survie du géranium dans le stock semencier et donc le salissement de la culture suivante

Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Adventices annuelles MOYENNE adventices Moyenne si technique utilisée seule. À combiner avec d’autres leviers comme le décalage de la date de semis, la non-perturbation du sol au semis et le déstockage

Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Vers de terre Organismes fonctionnels du sol Effets non intentionnels hypothétiques non travaillés dans l’étude

Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions

Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


5. Pour en savoir plus

Cette fiche a été renseignée dans le cadre du projet COMBHERPIC (Ecophyto, 2023-2025) et résulte de la combinaison de deux étapes successives réalisées au cours du projet :

              -une synthèse bibliographique sur le levier du faux-semis ayant permis d’établir des définitions consensuelles sur ce levier et sur les principaux leviers complémentaires de gestion de la flore adventice à l’interculture.

              -une étude d’un regroupement de 58 essais annuels pour étudier l’impact des faux-semis avant cultures d’hiver et de printemps/été (Source des références expérimentales : Acta-Les instituts techniques agricoles, Arvalis, ITB et Terres Inovia).

Les éléments figurant dans cette fiche dépendent ainsi du périmètre de l’étude défini ci-après :

-les résultats utilisés proviennent d’essais dont l’objectif initial n’était pas spécifiquement d’étudier l’intérêt du faux-semis

-l’effet du faux-semis n’a été regardé qu’à l’échelle annuelle (notamment l’influence du faux-semis sur les relevées dans la culture suivante) et n’appréhende pas l’effet cumulatif pluriannuel. La conclusion sur le levier est donc partielle à ce jour.

Des essais complémentaires sont en cours de réalisation dans le cadre des projets GRAMICIBLE et GRAMICOMBI du PARSADA pour étudier l’effet long terme de ce levier sur l’évolution du stock semencier. Les nouvelles références obtenues viendront compléter cette fiche.

Jérome Labreuche, David Pasquier, Benjamin Perriot, Valérie Bibard, Ludovic Bonin, et al.
Cahiers de Phytoma la Défense des Végétaux, Article de revue sans comité, 2025

Harmonisation de la définition du faux-semis et du conseil agronomique pour les grandes cultures (Arvalis, Acta, INRAE, Terres Inovia, ITB, Agroscope)

Jérôme Labreuche et David Pasquier, Arvalis
Perspectives agricoles, Article de presse, 2025

Harmonisation de la définition du faux-semis et du conseil agronomique pour les grandes cultures (Arvalis, Acta, INRAE, Terres Inovia, ITB, Agroscope)


6. Mots clés


Méthode de contrôle des bioagresseurs : Lutte physique
Mode d'action : Action sur le stock initial Atténuation
Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Reconception
Pour contribuer à l'enrichissement de la fiche, vous devez créer un compte ou vous identifier.Cela vous permettra d'apporter votre contribution via l'espace d'échanges

Contributeurs

26/01/2026
04/03/2020
28/01/2019
Julien Halska - Bio Bourgogne - BRETENIERE (21110)
ingenieur - julien.halska@biobourgogne.org

23/02/2018
suzanne blocaille - ACTA
charge-etude - suzanne.blocaille@acta.asso.fr

12/01/2018
Paola SALAZAR - INRAE - UMR Agronomie - Palaiseau (91120)
ingenieur - paola.salazar@inrae.fr

30/11/2017
Sébastien Picault - CTIFL - Carquefou (44470)
ingenieur - picault@ctifl.fr

08/11/2017
Lola Leveau - Irstea - Clermont-Ferrand (63000)
ingenieur - lola.leveau@irstea.fr