TECHNIQUE

Pratiquer le désherbage mécanique sur l'inter-rang - Binage


Cette fiche est reliée à d'autres thématiques de la manière suivante :

est évoqué dans
Exemple de mise en oeuvre
...
utilise
Matériel
contribue à
Voir tous les liens

Crédit : Unilet

Aboutie
Dernière modification : 20/08/2021
Voir les contributeurs

Discussion liée

1. Présentation


Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Fiche enrichie en 2021 par le Groupe Technique Adventices du GIS PICLEG.

 

Le principe

La bineuse est un outil de désherbage mécanique travaillant dans l’inter-rang des cultures sarclées. Elle agit en coupant ou arrachant les adventices et en remuant la terre entre les rangs des cultures. Elle permet aussi de décroûter et de butter, selon les différents éléments bineurs utilisés. Des outils supplémentaires peuvent y être ajoutés pour intervenir aussi sur le rang de culture, il s’agit alors de bineuses à doigts ou moulinets.

Le binage est généralement pratiqué après la levée de la culture, et jusqu’à ce que celle-ci dépasse la hauteur du porte-outil et que le couvert de la culture se referme. Il peut toutefois également être utilisé avant que la culture n’ait levé, avec un guidage RTK.

Le binage constitue donc une alternative à l'usage d'herbicides en culture.

 

Conditions de réussite

          Conditions pédoclimatiques

Pour réussir un désherbage avec la bineuse, il est important de soigner le nivelage du sol au semis ou plantation afin d’éviter les mottes et les levées hétérogènes. Le sol doit être plat, rappuyé et suffisamment ressuyé sans qu’il soit trop sec. Le binage également moins efficace en cas de présence trop importante de résidus de culture ou de cailloux. Certains sols peuvent ainsi ne pas être très adaptés au binage (notamment les limons battants hydromorphes ou les sols argilo-limoneux à silex).

L’intervention doit impérativement être suivie d’un ou deux jours de temps sec et ensoleillé pour assurer la dessiccation des adventices arrachées. Dans le cas contraire, certaines adventices peuvent se repiquer et ainsi diminuer l’efficacité de l’intervention.

 

          Efficacité vis-à-vis des adventices

La bineuse est efficace sur un large spectre d’adventices (graminées et dicotylédones annuelles) de la levée jusqu’à des stades de développement avancés. Elle n’est pas efficace contre les vivaces car sa profondeur de travail est trop faible. On préfèrera un travail du sol en interculture dans de bonnes conditions climatiques pour gérer les vivaces. Contrairement à la houe et à la herse étrille, le binage permet d’en ralentir la croissance mais risque aussi de générer des boutures de rhizomes, favorisant la dispersion des vivaces.

Adventices Graminées annuelles Dicotylédones annuelles Vivaces
Efficacité à des stades précoces Levée à 2-3 feuilles Levée à 2-3 feuilles Levée à 2-3 feuilles
Efficacité à des stades plus tardifs 3 à 6 feuilles 3 à 6 feuilles 3 à 6 feuilles<

Légende : Bonne efficacité - Efficacité moyenne - Faible efficacité

 

          Nombre de passages

Le nombre de binage réalisé dépendra de la pression des adventices, de la stratégie globale de désherbage adoptée par l’agriculteur (combinaison possible avec d'autres méthodes de lutte), de la culture implantée et de son développement, ainsi que des conditions météorologiques. 

Dans une stratégie tout mécanique, il est toutefois généralement possible de réaliser 2 à 3 binages, avant la fermeture du couvert de la culture.

 

          Matériel

                    Éléments bineurs

Les éléments bineurs (1 par inter-rang) sont fixés à une poutre centrale, mais sont indépendants et peuvent être réglés à différents écartements. Ces éléments comportent une à cinq pièces travaillantes, dont le type détermine l'agressivité et l’action sur le sol et les adventices. Il en existe une grande variété (voir La bineuse, ARVALIS-Institut du végétal), qui peuvent d’ailleurs être combinés. On peut ainsi citer les socs suivants :

  • Les lames plates (en “A” ou en triangle), permettant un travail de sectionnement superficiel, parallèle à la surface du sol, avec plus ou moins de frottement et d’usure selon le modèle.

  • Les lames en patte d’oie ou en cœur, plus épaisses que les lames plates et permettant une meilleure pénétration dans le sol et un action de buttage du rang. 

  • Les socs “Lelièvre”, permettant un déplacement de la terre du rang vers l’inter rang, et pouvant être intéressant pour limiter les maladies que peut causer la terre sur la plante. 

  • Les disques sarclo-butteur, adaptés aux cultures sur buttes, comme les pommes de terre ou les carottes.

 

Outre le type de soc utilisé, l’agressivité de la bineuse est définie par :

  • La rigidité des dents sur lesquelles sont fixés les socs et la profondeur de travail du sol : plus les dents sont rigides, plus elles pénètrent dans le sol. La profondeur doit être comprise entre 2 et 6 cm. Le réglage se fait grâce à la roue jauge disposée sur chaque élément bineur.

  • L’angle de pénétration du soc : plus le soc pénètre verticalement le sol, plus le travail est profond et davantage de terre est remuée avec une action favorable sur la croûte de battance et risque de faire remonter à la surface de nouvelles graines d’adventices.

  • La vitesse d’avancement : plus elle est importante plus la terre est projetée à une distance importante. La vitesse permet aussi de moduler l’action de buttage.

 

                    Éléments accessoires

 

Des protège-plants peuvent être utilisées lors de binages à des stades jeunes de la culture afin d’éviter le recouvrement du rang et l’endommagement des jeunes plants.

 

Les bineuses peuvent aussi être équipées d’un système de guidage (guidage manuel, bineuse frontale, par caméra, par satellite, …), qui permet un confort, une précision du travail et des débits de chantier supérieurs. Il est indispensable en cas de binage de céréales. La largeur de travail doit alors être la même que celle du semoir ou de la planteuse afin de faciliter le guidage et la précision de travail.

 

Le binage peut également servir à l’entretien et à la gestion des adventices dans le cas de cultures sur buttes ou sur planches (par exemple sur pomme de terre ou sur cultures légumières). Différents types de bineuses sont alors recommandées (bineuse à disques, bineuses à socs butteurs).

 

Les éléments bineurs peuvent être remplacés par des herses rotatives (aussi appelées “fraises”). Ce type d’outil permet un travail du sol profond, et est efficace sur des stades avancés des adventices. Principalement utilisée sur le poireau, cette technique nécessite un système de guidage.

   

                    Vitesse de passage

 

La vitesse conseillée oscille entre 3 km/h au cours du premier passage (stades jeunes de la culture) et 10 km/h pour les passages plus tardifs. Avec des systèmes autoguidés il est possible de travailler à 14 km/h.

 

          Quelques exemples de mise en œuvre

  • En grandes cultures
  • En cultures légumières
    • Stratégie de désherbage économe en herbicides et en interventions manuelles sur choux-fleur et artichaut : projet DEPHY BREIZLEG

    • Stratégie de désherbage économe en herbicides sur choux-fleur et oignon : projet DEPHY EXPE NPDC

    • Stratégie de désherbage économe en herbicides et multi-levier dans une rotation sorgho - poireau - choux-fleur - maïs - carotte : projet DEPHY Carotte

 

Précision sur la technique :

La bineuse est à mobiliser dans des stratégies de désherbage mécanique en complément de la herse étrille et de la houe rotative, ou mixtes. Elle est plutôt réservée à des passages à des stades plus avancés de la culture et des adventices et peut être associée à des éléments de pulvérisation en localisé (désherbinage) ou à des outils supplémentaires (bineuses à doigts ou moulinets) traitant le rang. Notons toutefois que les conditions d’utilisation du binage sont souvent opposées à celles des herbicides de synthèse. Pour une meilleure efficacité le binage et la pulvérisation localisée seront séparés dans le temps.

Le tableau ci-dessous récapitule les stades conseillés d’utilisation de la herse étrille pour quelques cultures. Attention, pour un binage à des stades précoces (cotylédon, 1 feuille), il peut être recommandé d’utiliser des protège-plants. De même, pour les cultures habituellement non semées en rang (blé, colza…), il est nécessaire d’utiliser un guidage RTK et/ou de semer avec un écartement plus grand.

 

Stades des cultures Levée / Cotyldéons 1 feuille / Crosse 2-3 feuilles 4 feuilles / Tallage 6 feuilles / Epi 1 cm 8-10 feuilles / 2 nœuds Fermeture du rang
Cultures semées   Blé  
    Colza    
    Maïs    
    Tournesol  
    Betterave  
    Féverole  
  Soja  
  Haricot  
    Carotte  
    Oignon    

Sources : Groupe Technique Adventices du GIS PICLEG ; La bineuse, Agrotransfert ; Guide de désherbage alternatif en légumes en région Picardie (AgroTransfert RT, 2014) ; Désherbage mécanique du soja (Terres Inovia, 2019)

 

          Agriculture connectée et robotique

Plusieurs prototypes de robots ont été développés ou sont en cours de développement et permettent de désherber sur le rang ou dans l’inter-rang à l’aide de divers outils (herse étrille, bineuse classique ou à doigts…). Il s’agit par exemple des robots TED, Oz et Dino (Naïo Technologies), Anatis (Carré) ou Pumagri (SITIA).

Ces robots peuvent permettre d’éviter des opérations de désherbage manuelle et de diminuer la pénibilité du travail. Ils peuvent permettre une optimisation du desherbage par une augmentation facilitée de la fréquence de passage. Ils sont toutefois encore peu répandus car ils restent onéreux (plusieurs dizaines de milliers d’euros d’investissement selon les modèles), leurs vitesses et débits de chantiers sont faibles (ce qui peut diminuer l’efficacité du désherbage avec certains outils) et leur autonomie est relative (la réglementation imposant une présence humaine à proximité).



Période de mise en œuvre
Sur culture implantée


Echelle spatiale de mise en œuvre
Parcelle


Application de la technique à...

portlet.vue.concept.structure.toutesProductions : Facilement généralisable

La technique est facilement généralisable sur culture implantée à écartement suffisant pour le passage des éléments bineurs (minimum 15 cm). Elle est envisageable à faible écartement (jusqu'à 17,5 cm d'écartement) à condition d'avoir un système de guidage performant (RTK, caméra …).



Tous les types de sols : Généralisation parfois délicate

L’efficacité du binage est limitée dans les sols argilo-limoneux à silex (forte usure) et dans les limons hydromorphes. Pour en savoir plus, consultez l'article ARVALIS-Institut du Végétal Choisir l'outil de désherbage mécanique en fonction du type de sol.



Tous les contextes climatiques : Facilement généralisable

Une à deux journées sèches doivent suivre l'intervention pour assurer la dessiccation des adventices.



Réglementation

L'acquisition d'outils de binage pour les cultures en ligne fait l'objet d'une fiche CEPP (action n° 30 : Désherber les cultures en rang au moyen d'un outil de désherbage mécanique).




2. Services rendus par la technique


Régulation et gestion des adventices

Stockage et gestion de l'eau


3. Effets sur la durabilité du système de culture


Critères "environnementaux"

Effet sur la qualité de l'air : En augmentation

En tant qu'alternative au désherbage chimique, le binage permet de réduire l'utilisation d'herbicides et donc leur transfert vers l'air.



Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation

En tant qu'alternative au désherbage chimique, le binage permet de réduire l'utilisation d'herbicides et donc leur transfert vers les eaux.



Effet sur la consommation de ressources fossiles : En augmentation

Le binage étant plus consommateur en carburant par rapport à un pulvérisateur et nécessite davantage d'interventions pour bénéficier d'une efficacité optimale.




Critères "agronomiques"

Productivité : Variable

L'utilisation de la bineuse peut provoquer des pertes de pieds si l'intervention est mal conduite et que les cultures ne sont pas protégées par des protège-plants durant leur stade sensible. Cependant, l'effet aération du sol et amélioration du statut hydrique peut amener une légère augmentation du rendement (quelques références en maïs ensilage), tout comme la moindre concurrence vis-à-vis des adventices.



Fertilité du sol : En augmentation

Il y a diminution du risque de battance et de l’érosion par augmentation de l’aération du sol, avec une possible accélération de la minéralisation.



Stress hydrique : En diminution

Il y a une amélioration de l'infiltration de l'eau dans le sol et une limitation de l'évaporation.



Régulation des limaces : En augmentation

Le travail du sol sur l'inter-rang peut détruire ou perturber le cycle de développement des limaces.




Critères "économiques"


Charges opérationnelles : Variable

L'incidence sur les charges opérationnelles est nulle à faible, puisque l’augmentation de la consommation en carburant est compensée par la diminution de l’achat d’herbicides : entre -25 % à -50 % d'herbicides dans les situations où l'on maintient un désherbage mixte (mécanique et chimique) par rapport à un désherbage tout chimique.
Toutefois, en cas de binage trop tardif, ou à efficacité limitée, un "rattrapage chimique" peut être nécessaire et fortement augmenter les coûts (la technique du binage est efficace mais techniquement plus délicate à réussir).



Charges de mécanisation : En augmentation

Cette technique nécessite un investissement allant de 4 000 € à 40 000 € selon les types de bineuses, les largeurs, les marques, les accessoires. Le prix d'un système de guidage est à prendre en compte : entre 6 000 et 27 000 € selon le système.

L'amortissement et l’entretien du matériel coûte environ 17,5 €/ha par binage (pour une bineuse achetée 14 400€). A cela doit être ajoutée la main d'œuvre qui est fonction du débit de chantier et du système de guidage.



Marge : Variable

Cela dépend du coût des herbicides que l'intervention de binage remplace et des temps de travaux supplémentaires qu'elle représente.




Critères "sociaux"


Temps de travail : En augmentation

Les passages sont plus lents qu'en désherbage chimique (1 ha/h pour une 4 rangs à 6 ha/h pour une 8 rangs auto-pilotée) et plus fréquents, soit un temps de temps de travail triplé par rapport à un désherbage tout chimique.



Période de pointe : Variable

Les plages d’interventions peuvent être courtes certaines années, surtout lorsque le printemps est humide. Les réglages sont parfois délicats et les plages possibles d’intervention peuvent être courtes voire inexistantes certaines années surtout lorsque le printemps est humide.

Les créneaux disponibles pour une utilisation sont restreints sur maïs (voir cartes de jours disponibles dans la brochure Désherber mécaniquement les grandes cultures, page 57, ITAB).



Temps d'observation : En augmentation

Il est en augmentation car cette technique nécessite un suivi régulier des parcelles.





4. Organismes favorisés ou défavorisés


Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Adventices annuelles MOYENNE adventices
Adventices pluriannuelles MOYENNE adventices

Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions

Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


5. Pour en savoir plus

Hélène Sicard, Laurence Fontaine et al.
ITAB - projet CASDAR "Optimiser et promouvoir le désherbage mécanique" 2009-2011, Brochure technique, 2012

La brochure décrit les bases du désherbage mécanique commune à toutes les cultures puis décline, culture par culture, les conditions d'utilisation des différents outils de désherbage mécanique, leurs conditions optimales d'utilisation et leur insertion dans des itinéraires techniques de désherbage mécanique en agriculture biologique.

Acta, Brochure technique, 2014
Launais M., Bzdrenga L., Estorgues V., Faloya V., Jeannequin B., Lheureux S., Nivet L., Scherrer B., Sinoir N., Szilvasi S., Taussig C., Terrentroy A., Trottin-Caudal Y., Villeneuve F.,
Ministère en charge de l’agriculture, Agence Française pour la Biodiversité, GIS PIClég., Ouvrage, 2014
Pierre Mischler
Agro-Transfert, Brochure technique, 2007
ARVALIS-Institut du Végétal
Site Internet
CA17
Multimédia, 2017
Rés'agri Légumes 29
Multimédia, 2016
Chambres d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine
Brochure technique, 2016
Ferrier J-D.
Chambre d'agriculture de l'Ain, Brochure technique, 2016
Voir page 16

6. Mots clés


Méthode de contrôle des bioagresseurs : Lutte physique
Mode d'action : Rattrapage
Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Substitution
Pour contribuer à l'enrichissement de la fiche, vous devez créer un compte ou vous identifier.Cela vous permettra d'apporter votre contribution via l'espace d'échanges

Contributeurs

20/08/2021
03/03/2021
Annabelle Revel-Mouroz - APCA - Paris (75008)
charge-mission - annabelle.revel-mouroz@apca.chambagri.fr

18/04/2019
Céline VACHON - Chambre régionale d'agriculture Nouvelle-Aquitaine - Limoges (87060)
charge-mission - celine.vachon@na.chambagri.fr

06/09/2018
sebastien minette - CRA Nouvelle Aquitaine - Lusignan (86600)
conseiller-chambre-agriculture - sebastien.minette@na.chambagri.fr

22/02/2018
suzanne blocaille - ACTA
charge-etude - suzanne.blocaille@acta.asso.fr

12/01/2018
Paola SALAZAR - INRA - Rennes (35000)
ingenieur - paola.salazar@inra.fr

01/12/2017
Sébastien Picault - CTIFL - Carquefou (44470)
ingenieur - picault@ctifl.fr

08/11/2017
Lola Leveau - Irstea - Clermont-Ferrand (63000)
ingenieur - lola.leveau@irstea.fr

25/10/2017
Julien Halska - Bio Bourgogne - BRETENIERE (21110)
ingenieur - julien.halska@biobourgogne.org