TECHNIQUE

Mettre en place des paillages ou des mulchs en cultures légumières


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Paillage plastique pour culture sous abris

Crédit : INRAE

Aboutie
Dernière modification : 20/08/2021
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Discussion liée

1. Présentation


Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Fiche initialement créée à partir du guide pratique pour la conception de systèmes de culture légumiers économes en produits phytopharmaceutiques (2014, Fiche technique T20) puis enrichie en 2021 par le Groupe Technique Adventices du GIS PICLEG.

 

Principe

Cette technique consiste à disposer sur le sol des matériaux formant un écran, en vue de limiter le développement des adventices, protéger le sol des pluies battantes, limiter l'évaporation, prévenir la salissure des légumes et leur contamination éventuelle par des maladies telluriques... Les matériaux utilisables sont divers : films plastiques ou biodégradables, toiles hors sol, toiles géotextiles, toiles à base de végétaux (sisal, chanvre, jute,...) paille, papier, écorces, bois raméal fragmenté (BRF), mulch à partir d’un couvert végétal d’interculture, paillage minéral...

 

Caractéristiques des matériaux utilisables

De nombreux matériaux aux caractéristiques différentes sont donc disponibles pour la réalisation d’un paillage ou d’un mulch. Plusieurs critères sont ainsi à prendre en compte dans le choix du matériau utilisé  :

  • L’épaisseur du matériau (dont le choix impactera le coût, la solidité, la complexité de pose et l’efficacité contre les adventices) ;

  • La couleur du matériau (qui impacte le réchauffement du sol et l’efficacité contre la levée des adventices) ;

  • Le caractère biodégradable ou non du matériau (qui impactera le coût, mais fera aussi varier le temps de travail et les coûts de recyclage liés au paillage (recyclage/récupération)).

Le tableau ci-dessous détaille de manière non-exhaustive les avantages et inconvénients spécifiques de quelques matériaux utilisables.

 

Matériaux

Avantages

Inconvénients

Film plastique noir

Stoppe efficacement la croissance des adventices (absence de lumière)

De manière générale bonne efficacité de ces matériaux contre les adventices

Théoriquement réutilisable sur plusieurs campagnes (assez rarement car la récupération est chronophage et exige que le plastique soit encore en bon état)

Surchauffe possible des cultures en été (concentration de la chaleur)

Matière plastique consommatrice de ressources fossiles

En pratique, récupération / recyclage parfois difficile (salissures, déchirures...)

Coût de recyclage élevé (~300 €/T de film agricole usagé)

Selon l’épaisseur, assez complexe à mettre en place (assez fragile)

Film plastique transparent

Réchauffe le sol, sans risque d’échauffement de la culture (transmission du rayonnement)

Ne limite pas la croissance des adventices sous le film
Film plastique opaque thermique (vert, gris, rouge, marron)

Solution intermédiaire entre le film noir et le transparent pour la croissance des adventices et l’échauffement

Solution intermédiaire entre le film noir et le transparent, pour la croissance des adventices et l’échauffement
Film plastique blanc

Pas de risque de surchauffe

Éclairement des cultures en plus (réfléchissement du rayonnement)
/
Films et toiles biodégradables (bioplastiques, toiles en fibres végétales (jute, sisal, chanvre))

Biodégradable après broyage et enfouissement

Efficacité similaire à des films plastiques lorsque le film biodégradable est encore en bon état

Coût élevé à l’achat et non réutilisable

Fragilité lors de la pose et sur la culture

Efficacité moindre contre les adventices lorsque le film commence à se dégrader

Géotextile

Mêmes avantages que les films plastiques classiques

Très bonne résistance et durabilité

Plus cher à l’achat

Matériau lourd

Mêmes inconvénients que les films plastiques vis-à-vis du recyclage

Papier

Dégradation complète et rapide

Moins onéreux

Bonne perméabilité

Adapté uniquement aux cultures à cycle court

Fragile

Mulch végétal sec (paille, écorce, BRF) Peut permettre de valoriser des déchets végétaux Améliore la vie et la fertilité du sol

Peut provoquer une “faim d’azote” du sol (mulch trop riche en carbone)(atténué si compostage)

Coût si achat du matériau

Risques sanitaires et de salissement (dépend de la qualité du mulch)

Peut retarder le réchauffement du sol si trop épais

Mulch végétal vert (à partir d'un couvert d'interculture) Diminution des consommations énergétiques (moins de travail du sol)

L’absence de travail du sol (semis direct dans le couvert couché) peut avoir des impacts négatifs sur sa structure et parfois sur sa fertilité

Faisabilité pas toujours assurée selon les espèces du couvert et la culture

Nécessite un matériel spécifique

 

Quelques exemples de mise en œuvre

 

Précision sur la technique :

          Mise en place du paillage / mulch

Hormis en cas de plantation / semis dans un couvert végétal couché, le paillage ou le mulch doit dans tous les cas être posé sur un sol propre, préparé pour la culture et ressuyé. Dans le cas de films plastiques, il doit être appliqué au plus près du sol, sans poche d’air, et être fixé sur les bords de la bande de culture à l’aide de terre. Un matériel spécifique peut être nécessaire pour faciliter l’installation du paillage (dérouleuse pour les films plastiques, épandeur pour les mulchs secs, rouleau ou broyeur pour les mulchs de végétaux verts).

En cas de culture de printemps, il est recommandé de réaliser la pose du paillage 10 à 15 jours avant la plantation, afin de permettre au sol de se réchauffer (excepté pour les films biodégradables ou papiers qui doivent être posés au dernier moment).

 

          Une technique à combiner avec d’autres moyens de gestion des adventices

Attention, quelque soit le matériau utilisé, pour limiter le recours aux herbicides, il est important de combiner le paillage à d’autres techniques de gestion des adventices au sein du système de culture, comme par exemple le faux semis, une succession diversifiée, l’alternance labour/non labour, ou l’utilisation de désherbage mécanique en amont de la pose du paillage.

 

          Récupération et recyclage du paillage

En fin de campagne, la gestion du paillage utilisé doit être prévue. Les films plastiques peuvent ainsi être récupérés manuellement ou mécaniquement. Si leur état le permet, ils peuvent éventuellement être conservés en vue d’une nouvelle utilisation. Sinon, leur recyclage ou leur valorisation énergétique, via des filières agréées, est obligatoire. Pour le recyclage, cette collecte est effectuée par ADIVALOR, sous réserve de respecter certaines consignes de tri et de nettoyage, notamment un taux de salissures (eau, matières organiques ou minérales) inférieur à 50%. Ce seuil est toutefois très rarement atteint en pratique et les stations régionales ont ainsi travaillé sur la mise au point d’outils permettant de l’atteindre (programme RAFU). 

Concernant les paillages et mulchs biodégradables, leur enfouissement après la récolte doit être prévu afin d’assurer leur bonne dégradation.

Pour plus de détails sur le recyclage et la dégradation, voir ce document du CTIFL (2006).



Période de mise en œuvre
Sur culture implantée


Echelle spatiale de mise en œuvre
Parcelle


Application de la technique à...

portlet.vue.concept.structure.toutesProductions : Facilement généralisable

Cette technique est applicable à diverses cultures légumières plantées, en plein champ (salades, melon...), sous abris (laitue, tomate...) et sous serres (concombre, tomate...).



Tous les types de sols : Facilement généralisable
Tous les contextes climatiques : Facilement généralisable


Réglementation

Influence
POSITIVE

Tous les films plastiques sont soumis à des normes européennes et françaises. Les films biodégradables respectent également des normes spécifiques, garantissant leur capacité de dégradation (Norme NF EN:17033, Plastiques - Films de paillage biodégradables thermoplastiques pour utilisation en agriculture et horticulture).

Les paillages plastiques suivent la réglementation générale sur les déchets pour leur recyclage. Leur brûlage et leur enfouissement sauvage sont ainsi interdits. Ils doivent être collectés par ADIVALOR pour être recyclés, ou à défaut soumis à une valorisation énergétique. Certaines consignes de propreté et de tri sont ainsi à respecter pour le recyclage de ces plastiques.




2. Services rendus par la technique


Régulation et gestion des adventices

Stockage et gestion de l'eau

Gestion des maladies


3. Effets sur la durabilité du système de culture


Critères "environnementaux"

Effet sur la qualité de l'air : En augmentation

Il y a diminution des transferts de polluants vers l’air grâce à la réduction des herbicides et fongicides et à la réduction du lessivage.



Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation

Il y a diminution des transferts de polluants vers l'eau grâce à la réduction des herbicides et fongicides et à la réduction du lessivage.



Effet sur la consommation de ressources fossiles : Variable

L'effet global est difficile à évaluer et variable selon les matériaux utilisés. D’un côté, il y a une réduction de la consommation de carburant si le paillage remplace des traitements (herbicides, fongicides), mais dans le cas de paillages à l’aide de films plastiques, il y a une augmentation de la consommation en ressources fossiles via la fabrication de ces matériaux. En cas de mulch, les volumes à apporter sont élevés (1 cm d’épaisseur = 100 m3/ha couvert) et la ressource n'est pas toujours locale, ce qui occasionne des transports supplémentaires.



Quantité de déchets : En augmentation

Il y a une augmentation de la quantité de déchets qui doivent être traités après usage, en particulier dans le cas d'utilisation de matières plastiques non recyclables.




Critères "agronomiques"

Productivité : En augmentation

Il y a une diminution du risque de contamination des feuilles et des fruits par certains bioagresseurs telluriques (Sclerotinia et Rhizoctonia en salade et melon).



Qualité de la production : En augmentation

Il y a une augmentation de la qualité visuelle grâce à la propreté des produits récoltés, malgré que les plastiques biodégradables peuvent présenter des “paillettes” qui s’incrustent sur les fruits qui reposent dessus (ex : melons), ce qui est généralement mal perçu par les clients.



Fertilité du sol : En augmentation

Il y a une augmentation du taux de matière organique dans le cas de mulch, ainsi qu'une limitation du risque de lessivage et une meilleure protection de la structure du sol (tassement, érosion, battance) contre les pluies en plein champ.



Stress hydrique : Variable

En principe, il y a un maintien plus long de l’humidité au sol.



Effets thermiques sur la précocité : Variable

Il y a une augmentation possible de la précocité des cultures grâce au réchauffement du sol plus rapide induit par certains paillages. A noter, les plastiques clairs ou transparents ont un meilleur effet thermique et induiront une élévation de température du sol plus élevé que des plastiques sombres ou noirs. 

Cependant il y a un risque éventuel de surchauffe estivale et de dommages aux cultures en cas de paillage plastique de couleur sombre (concentration du rayonnement solaire).

En cas de paillage blanc (réfléchissement du rayonnement solaire), il y a une augmentation possible de l’éclairement avec un impact sur la photosynthèse.




Critères "économiques"


Charges opérationnelles : Variable

Il y a une économie de main d’oeuvre (arrachage des herbes), de traitements ou de charges de mécanisation (désherbage mécanique) grâce à cette technique.

Pour un paillage plastique, un investissement est nécessaire, allant de 0,05 à 0,15 €/m² (2013) en fonction de l’épaisseur, du type de paillage et du pourcentage de couverture du sol. Ce coût peut s’élever de 0,30 à 0,70 €/m² pour des paillages biodégradables, selon les matériaux. En cas de mulchs ou de paillages végétaux, le coût pourra également être élevé et dépendra de la facilité d’accès à la ressource localement (disponibilité en paille ou en BRF…) ou du coût d’implantation du couvert en cas de mulch vert.   

Les charges liées à la pose et au retrait du plastique sont aussi à prévoir (main d’oeuvre, matériel spécifique).

Le financement de la filière de recyclage mise en place par ADIVALOR est également à supporter. Elle est financée par deux moyens (source CPA) :

  • une éco-contribution à la source qui s’élève à 240 €/t plastique neuf (2020) pour les films de paillage,

  • des frais de reprise qui s’élèvent à 145 €/t de film agricole usagé (FAU) pour les paillages lorsque le taux de souillure est Le traitement des déchets peut atteindre 24075 €/t (202013) lorsque les plastiques non dégradables ont un niveau de salissure supérieur à 560 % (2020).

Une bonification est toutefois possible et restituée pour les FAU dont le taux de souillure est inférieur à ce taux : 95 €/t pour les plastiques clairs (C1), 50 €/t pour les plastiques de couleur (F) (2020)

La consommation en eau d'irrigation est également réduite.




Critères "sociaux"


Temps de travail : Variable

L’effet sur le temps de travail global est variable. La pose du paillage peut prendre un temps non négligeable dans le cas d’une pose manuelle, mais qui peut être mécanisée. Dans le cas des mulchs, les temps de broyage, transport, épandage et enfouissement peuvent être longs. Enfin, dans le cas des paillages biodégradables, un broyage en fin de culture peut être nécessaire.

La présence du paillage permet toutefois également des gains de temps sur les opérations de désherbage ou d’irrigation, ce qui compense le surplus de travail lié à sa mise en place. Pour certaines cultures (salade…), la récolte peut aussi être facilitée par la présence du paillage.





4. Organismes favorisés ou défavorisés


Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
escargot MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Dans le cadre de mulchs végétaux les limaces et les escargots peuvent être favorisés
limace MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Dans le cadre de mulchs végétaux les limaces et les escargots peuvent être favorisés
rhizoctone brun MOYENNE agent pathogène (bioagresseur) Certaines espèces de champignons peuvent être favorisés par un microclimat crée par du paillage plastique (rhizoctonia par exemple)
rongeur MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Dans le cadre de mulchs végétaux, mais aussi de paillages, les rongeurs peuvent être favorisés, car protégés de leurs prédateurs.
vivaces MOYENNE adventices Les paillages ou mulchs peuvent favoriser le développement des vivaces.

Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Adventices annuelles FORTE adventices
mouches des cultures légumières MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite La présence d’un paillage plastique ou d’un mulch végétal peut perturber les pontes de certaines espèces de mouches (Delia platura, Delia radicum, Psila rosae) sur le sol ou au collet de plantes
sclérotinia FAIBLE agent pathogène (bioagresseur) La présence d’un paillage plastique sur le sol peut éventuellement éviter la contamination des plantes par la projection de spores présentes dans la terre (cas de sclérotinia en culture de laitue)
thrips des cultures légumières MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite La présence d’un paillage plastique ou d’un mulch végétal de couleur claire (mulch de chènevotte par exemple) sur le sol perturbent la reconnaissance des cultures de plein champ par les thrips ainsi que leur cycle biologique.

Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Araignées FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Dans le cas de mulchs végétaux les Carabidés, araignées, champignons antagonistes, vers de terre et autres organismes détritivores du sol, ainsi que la flore bactérienne sont favorisés
Carabes prédateurs et granivores FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Dans le cas de mulchs végétaux les Carabidés, araignées, champignons antagonistes, vers de terre et autres organismes détritivores du sol, ainsi que la flore bactérienne sont favorisés
Champignons (auxiliaire) FORTE Ennemis naturels des bioagresseurs Dans le cas de mulchs végétaux les Carabidés, araignées, champignons antagonistes, vers de terre et autres organismes détritivores du sol, ainsi que la flore bactérienne sont favorisés
Vers de terre FORTE Organismes fonctionnels du sol Dans le cas de mulchs végétaux les Carabidés, araignées, champignons antagonistes, vers de terre et autres organismes détritivores du sol, ainsi que la flore bactérienne sont favorisés

Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions

Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


5. Pour en savoir plus

Chambre d’agriculture du Finistère
Brochure technique, 2009
CTIFL
Brochure technique, 2013
Mazollier C.
GRAB, Brochure technique, 2009
ADIVALOR
Brochure technique
Aurelle V., Depernet C., Eynard A., Paris P., Perrin A., Pujol Z., Tinoco M-I.
CIVAM 09, ERABLES 31, Brochure technique, 2015
Ferrier J-D.
Chambre d'agriculture de l'Ain, Brochure technique, 2016
Voir page 4

6. Mots clés


Méthode de contrôle des bioagresseurs : Lutte physique
Mode d'action : Action sur le stock initial Barrière
Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Substitution
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Contributeurs

20/08/2021
14/05/2018
12/01/2018
Paola SALAZAR - INRA - Rennes (35000)
ingenieur - paola.salazar@inra.fr

30/11/2017
Sébastien Picault - CTIFL - Carquefou (44470)
ingenieur - picault@ctifl.fr