TECHNIQUE

Implanter des cultures intermédiaires attractives pour les auxiliaires


1. Présentation


Caractérisation de la technique

Description de la technique :

(image en en-tête : champ de sarrasin; auteur :Jose.brenner; licence :(CC BY-SA 3.0))

 

Julien Halska

INRA

julien.halska(at)grignon.inra.fr

Dijon (21)

Régis Wartelle

Chambre Régionale d'Agriculture de Picardie

r.wartelle(at)picardie.chambagri.fr

Amiens (80)

Grégory Véricel

INRA

Gregory.Vericel@toulouse.inra.fr

Auzeville (31)

Marie-Hélène Bernicot INRA

marie-helene.bernicot@dijon.inra.fr

Bretenière (21)
Contributeurs initiaux (Lutte contre les courriers indésirables : Pour utiliser ces adresses, remplacer (at) par @)

 

Cette technique consiste à implanter des cultures intermédiaires connues pour leur capacité à attirer les auxiliaires (voir les cultures concernées) et en tirer ensuite les bénéfices associés. En effet, elle présente un refuge et une source de nourriture pour les auxiliaires pendant la période d’interculture et peut permettre de réguler indirectement les populations de ravageurs au sein de la parcelle. 

L'intérêt de cette culture est d'autant plus important qu'elle peut se développer et fleurir. Il est donc conseillé de la semer tôt et de choisir des espèces à cycle court. Les mélanges d'espèces sont conseillés car ils présentent des périodes de floraison plus longues, des types de fleurs et des couleurs variés.

Cette culture intermédiaire pourra également apporter en elle-même d’autres intérêts : gérer les adventices, les maladies, augmenter la biodiversité (pollinisateurs, faune sauvage), produire du fourrage ou de la biomasse, … Cette technique est complémentaire d’une gestion des haies et des bords de champs en faveur de la biodiversité et donc des auxiliaires. 

Précision sur la technique :

L’une des expériences d’Arvalis dans la réalisation des essais du CASDAR InterAPI est qu’il est nécessaire de semer au plus tôt pour assurer une floraison à une période où les pollinisateurs sortent encore, et que suivant les espèces choisies, le risque de montée à graine peut être très élevé (moutarde, sarrasin…). Pas d'information sur le mode de destruction, qui a cependant très probablement une influence sur les populations d'auxiliaires. Il faudra en effet limiter l’utilisation de produits chimiques, au risque d’anéantir tout ce qui a été fait précédemment. 

 

Quelques exemples d’espèces : 

  • Cultures intermédiaires composée d’espèces pouvant aussi être implantée en tant que culture principale  

La moutarde blanche attire les syrphes ; les légumineuses (féverole hiver, féverole printemps, gesse, lentille, pois hiver, pois printemps, sainfoin, trèfle blanc, trèfle d'Alexandrie, trèfle de Michelli, trèfle de Perse, trèfle incarnat, trèfle violet, vesce commune) attirent de nombreux auxiliaires, dont les punaises prédatrices ; le mélilot blanc ou jaune attire notamment les syrphes ; le sarrasin attire les syrphes et les pollinisateurs en général (fort pouvoir méllifère).

  • Culture intermédiaire 

La phacélie attire de nombreux auxiliaires dont les syrphes et les trichogrammes ainsi que des pollinisateurs (abeilles) grâce à son fort pouvoir mellifère. Le fénugrec et le nyger peuvent aussi attirer les auxiliaires. 

 

Exemple de mise en œuvre :  

Après la récolte d'une culture de blé tendre d'hiver, semer du sarrasin (par exemple début août) à 35 kg/ha avec un semoir classique (semis en ligne). Le sarrasin attire de nombreux auxiliaires comme les syrphes ou les abeilles car c'est une des premières espèces à fleurir et sera détruit par le gel en novembre (variable selon le contexte climatique). Semer la culture suivante au printemps, par exemple un pois de printemps. 

 

Points de vigilance : 

Si l’implantation de cultures intermédiaires permet de favoriser la présence des auxiliaires, elles peuvent également favoriser les ravageurs (ex. limaces, pucerons ou encore campagnols). Il est donc important d'orienter le choix tant des espèces de cultures intermédiaires que des cultures principales qui leur sont associées ou leur succèdent dans la rotation, afin de minimiser les risques de dommages aux cultures. Cela permet aussi de maintenir une continuité dans la présence des auxiliaires pour que l’équilibre soit préservé pendant la culture et non seulement pendant l’interculture. 

 

Quelques actions/projets/programmes : 

Le projet INTERAPI a développé un outil d’aide sur les cultures mellifères, favorables aux insectes pollinisateurs. Les cultures sont triées en fonction de leur utilisation, leurs intérêts agronomiques et leurs intérêts apicoles. 

 

Outil d’aide à la décision : 

L’outil "Choix des couverts" d’Arvalis permet d’orienter le choix du couvert à implanter en fonction du contexte et des objectifs.



Période de mise en œuvre
Pendant l'interculture


Echelle spatiale de mise en œuvre
Parcelle


Application de la technique à...

Toutes les cultures : Facilement généralisable

Les possibilités sont variables en fonction de la durée de l'interculture.



Tous les types de sols : Facilement généralisable

Choix des espèces et variétés à adapter au sol.



Tous les contextes climatiques : Facilement généralisable

Choix des espèces et variétés à adapter au climat local.



Réglementation

Influence
POSITIVE

La Directive Nitrate impose la couverture du sol pendant l'hiver en zone vulnérable, on peut saisir cette opportunité pour choisir un couvert attractif pour les auxiliaires.




2. Services rendus par la technique


Gestion des auxiliaires pollinisateurs

Gestion des auxiliaires ennemis des bioagresseurs


3. Effets sur la durabilité du système de culture


Critères "environnementaux"

Effet sur la qualité de l'air : Variable

Réduction via la réduction éventuelle de l'utilisation de pesticides mais effet variable selon les molécules utilisés.



Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation
Réduction éventuelle de l'utilisation de pesticides (variable selon les molécules) et le piégeage d'azote, et de phosphore (dans une moindre mesure) par le couvert.

Effet sur la consommation de ressources fossiles : Variable

L'implantation et la destruction du couvert entrainent une consommation de carburant plus importante que le maintien du sol nu pendant l'interculture (sauf légumineuse en interculture qui permet de réduire les apports d'azote de 30 unités au maximum ce qui correspond à une économie d'énergie fossile via la production de l'engrais) ainsi que des émissions de GES liées à la consommation de carburant. Le développement du couvert permet de stocker du carbone dans le sol et éventuellement de réduire les besoins en engrais azotés. Le bilan est donc "variable" à l'échelle de la culture. 




Critères "agronomiques"

Productivité : Variable

Il est nécessaire d’adapter le choix du couvert à la culture suivante. D'une manière générale, on évite de semer une culture intermédiaire de la même famille botanique que la culture suivante. Attention aussi aux éventuels effets allélopathiques. Effet généralement positif des cultures intermédiaires à base de légumineuses sur céréales à pailles, maïs, betteraves qui suivent. Effet généralement neutre ou légèrement négatif des autres espèces. Variable aussi suivant les conditions de destruction de la culture intermédiaire. 



Qualité de la production : Pas de connaissance sur impact


Fertilité du sol : En augmentation

L'azote capté par le couvert pendant son développement est restitué progressivement après sa destruction. Une partie sera directement disponible pour la culture suivante. Le couvert permet aussi d'améliorer la disponibilité en phosphore et en potasse pour la culture suivante (remobilisation des éléments). La structure et la teneur en matière organique du sol peuvent aussi être améliorés.

Par ailleurs, la couverture du sol limite la battance en réduisant les impacts des gouttes de pluie sur le sol.



Stress hydrique : En augmentation

Le prélèvement d'eau pendant le développement du couvert peut réduire l'eau disponible dans la réserve utile, en particulier en cas d'hiver sec. La destruction du couvert devra être adaptée au type de sol et aux exigences en eau de la culture suivante.



Biodiversité fonctionnelle : En augmentation

La présence de couverts favorise certaines espèces en leur fournissant refuge et nourriture (insectes, macro et microfaune du sol, oiseaux, etc.). Cet effet est variable selon la nature du couvert, par exemple s'il s'agit d'une espèce nectarifère ou pas.

Les auxiliaires, les pollinisateurs et la faune du sol peuvent ainsi être favorisés par la présence du couvert, de façon variable selon la ou les espèces choisies.


Autres critères agronomiques : Variable

Développement des bio-agresseurs :

Les cultures intermédiaires peuvent avoir un effet variable sur les bio-agresseurs. Elles rompent le cycle de certains, mais fournissent un habitat et/ou de la nourriture à d'autres (limaces, tenthrèdes, altises, pucerons). Il faut éviter de choisir des cultures intermédiaires hôtes de bio-agresseurs communs à ceux des cultures principales (exemple : crucifères dans une rotation avec colza fréquent).



Critères "économiques"


Charges opérationnelles : En augmentation

En fonction de l'espèce ou du mélange d'espèces choisi, le coût de semences peut varier de 10 à 100 €/ha.



Charges de mécanisation : En augmentation

Le coût de l'implantation peut varier de 0 €/ha (semis à la récolte sous la coupe) à 60 €/ha (semis direct). Le coût de destruction varie également de 0 €/ha (gel) à 30 €/ha (broyage + enfouissement).

L'implantation et la destruction du couvert entraînent une consommation de carburant plus importante que le maintien du sol nu pendant l'interculture.



Marge : Variable

Les restitutions d'azote pour la culture suivante ne couvrent généralement pas les charges liées à la mise en place d'une culture intermédiaire. La marge globale à court terme sera donc diminuée, cependant les effets "à long terme" peuvent être bénéfiques (amélioration de la structure du sol, limitation érosion, vie du sol, ...) et contribuer à l'amélioration des marges. Le couvert peut aussi être valorisé (récolte, fourrages, ...).




Critères "sociaux"


Temps de travail : Variable

Le temps de mécanisation est supérieur à une interculture sans couvert intermédiaire ni travail du sol. Il présente un niveau variable selon le mode d'implantation et de destruction en comparaison à une interculture avec travail du sol (réalisation de faux-semis par exemple).





4. Organismes favorisés ou défavorisés


Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Noctuelle de la tomate ravageur, prédateur ou parasite
acarien ravageur, prédateur ou parasite
charançon de la tige ravageur, prédateur ou parasite
charançon du bourgeon terminal ravageur, prédateur ou parasite Toutefois, il est illusoire de penser défavoriser une gamme élargie de bioagresseurs sans en favoriser parallèlement d’autres. La question est donc bien de savoir qui génère les dégâts jugés les plus pénalisants et de choisir une solution en fonction de cette cible.
cicadelle de la betterave ravageur, prédateur ou parasite
cicadelle du blé ravageur, prédateur ou parasite
cicadelle du maïs ravageur, prédateur ou parasite
cécidomyie des fleurs de blé ravageur, prédateur ou parasite
cécidomyie du pois ravageur, prédateur ou parasite
hanneton ravageur, prédateur ou parasite
limace ravageur, prédateur ou parasite
méligèthe ravageur, prédateur ou parasite
noctuelle terricole ravageur, prédateur ou parasite
puceron ravageur, prédateur ou parasite
pyrale du maïs ravageur, prédateur ou parasite
scutigérelles ravageur, prédateur ou parasite
taupin ravageur, prédateur ou parasite
thrips du lin et des céréales ravageur, prédateur ou parasite
thrips du pois ravageur, prédateur ou parasite
tordeuse du pois ravageur, prédateur ou parasite

Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Araignées MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Carabes prédateurs et granivores MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Chilopodes MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs
Chrysopes et hémérobes MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Mammifères carnassiers MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs petits mammifères Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Oiseaux prédateurs MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs insectivores et/ou granivores Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Parasitoïdes MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Parasitoïdes Ennemis naturels des bioagresseurs Vérifier la classe d'héminoptère
Punaises prédatrices ou granivores MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs dont mirides Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).
Syrphes prédatrices MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Toutefois, il est illusoire de penser pouvoir n’accroitre que les auxiliaires sans favoriser aussi quelques bioagresseurs. On se concentrera utilement sur l’auxiliaire qui semble le plus opportun de favoriser. Auxiliaires favorisés par des espèces cultibales en interculture. Cf. bibliographie (Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts).

Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions

Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions

Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


5. Pour en savoir plus

membres du CASDAR Interapi
ITSAP, Site Internet, 2014

Colloque de restitution du CASDAR Interapi qui a traité de l’impact des cultures intermédiaires mellifères sur les abeilles

Cultures intermédiaires
Ibis
Ibis, Brochure technique, 2011
Document très complet sur les cultures intermédiaires (intérêt, réalisation technique, coût, réglementation).
Les plantes attractives d'auxiliaires au jardin et en espaces verts
Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles Poitou-Charentes
Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles Poitou-Charentes, Brochure technique, 2010
Liste de plantes favorables aux différents auxiliaires.
Mieux gérer l'interculture pour un bénéfice agronomique et environnemental
Minette S. (CRA Poitou-Charentes) ; Blondeau P. (CA Deux-Sèvres) ; Catala C. (CA Vienne) ; Bessettes C. (CA Charente) ; Guerin O. (CA Charente-Maritime)
CRA Poitou-Charentes, CA Vienne, CA Deux-Sèvres, CA Charente, CA Charente-Maritime, Brochure technique, 2009
Arvalis, Site Internet
membres du CASDAR Interapi
ITSAP, Site Internet, 2014
Masquelier R.
Chambre d’agriculture Hauts-de-France, Site Internet, 2014

6. Mots clés


Méthode de contrôle des bioagresseurs : Contrôle cultural
Mode d'action : Atténuation
Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Reconception
Pour contribuer à l'enrichissement de la fiche, vous devez créer un compte ou vous identifier.Cela vous permettra d'apporter votre contribution via l'espace d'échanges

Contributeurs

23/04/2021
Céline Bourlet - Chambre d'agriculture des Pays de la Loire - Angers (49000)
charge-mission - celine.bourlet@pl.chambagri.fr

12/07/2018
08/11/2017
Lola Leveau - Irstea - Clermont-Ferrand (63000)
ingenieur - lola.leveau@irstea.fr

25/10/2017
Julien Halska - Bio Bourgogne - BRETENIERE (21110)
ingenieur - julien.halska@biobourgogne.org